C’est devant un café et dans l’ambiance décontractée d’un immense bureau commun installé en plein cœur de la tribune Bernard Ranoul que me reçoit Cyrille Carrière, directeur du centre de formation de l’US Orléans depuis la fin de l’été dernier.

Ex bon joueur amateur devenu joueur professionnel sur le tard comme il se décrit avec humour et non sans oublier de faire un petit clin d’œil à la carrière Pro de son frère Éric. Cyrille, sensible au projet Orléanais, a finalement répondu favorablement à l’appel du pied de l’USO.

Cyrille Carrière. (Crédit photo : © Eric Malot)

Après sept années passés au Tours FC, j’ai eu cette proposition intéressante, très intéressante même, avec un beau projet et puis j’ai senti que l’on comptait vraiment sur moi, et moi j’ai besoin de sentir ça chez les gens, de me dire que c’est important et que je vais servir à quelque chose. […] Au départ ce n’était pas gagné, mais les jeunes jouent en national, le club a son équipe en Ligue 2 et puis au niveau structuration il y avait tout à faire.

A n’en pas douter, Cyrille aime les challenges et ça tombe bien car de challenges il va en être question à Orléans ces prochaines années !

Partir de zéro avec cette folle ambition de créer de toutes pièces un centre de formation productif, c’est sacrément « couillu », mais les dirigeants de l’USO le savent mieux que quiconque, avec un des plus petits budgets de toute la Ligue 2, il faut absolument minimiser les dépenses et quoi de mieux que la formation pour y parvenir ?

Après quelques mois passés à la mise en place, le centre devient petit à petit fonctionnel. Matériel informatique, mobilier pour les chambres, réfections des peintures, installation d’un réfectoire, création d’un nouveau terrain synthétique, la phase de préparation touche presque à sa fin et l’ancienne auberge de jeunesse est aujourd’hui méconnaissable !

La mairie et le club ont vraiment mis les moyens au service du collectif, tant sur les infrastructures que sur le plan humain. Je ne suis pas seul dans l’aventure, il y a un coach U17, un coach U19, un pour les féminines, un préparateur physique, un formateur de gardiens, un médecin, un kiné, bref, beaucoup de monde. […] L’idée c’est de pérenniser le club en Ligue 2 et sortir quelques jeunes du centre de formation et tous ces facteurs en seront la clé.

Malgré tout, Cyrille le sait, il faudra se montrer patient car les tout premiers jeunes à sortir du centre de formation n’en sortiront sans doute pas avant trois ou quatre ans, ce qui peut sembler long mais qui reste la période nécessaire à la mise en place du processus. Le recrutement devrait donc se faire pour 50% à l’entrée.

Pour l’instant le recrutement c’est nous […] Nous voyons les joueurs en sélections ou lors des matchs, nous n’avons pas encore de recruteurs attitrés et pour les autres 50% en parallèle, grâce à nos réseaux, ce sont des garçons que l’on nous propose, que l’on voit ailleurs ou qui sortent d’autres clubs . Pour l’avoir déjà vécu à Tours, aucune piste ne sera négligée puisque parfois certains jeunes ne s’affirment que tardivement et deviennent professionnels un peu plus tard avant de se retrouver dans des clubs de Ligue 1.

Sentant une brèche qui s’ouvre, je m’y engouffre avec une question que repousse Cyrille dans un premier temps, avant de m’y répondre finalement assez librement et de façon très sincère dans un second. Cette question forcément fait état de la situation actuelle du Tours FC, qui, fragilisé par une position périlleuse en championnat pourrait en cas de descente en National 2 perdre son statut « Pro » et donc par la même occasion son centre de formation.

Evidemment, si le centre de formation venait à fermer, nous ferions en sorte de récupérer certains joueurs on ne va pas s’en cacher, d’autant plus que je les connais et que certaines familles m’ont déjà appelé […] Après, on fait quoi ? On ne va pas les regarder signer ailleurs ou pousser des gamins à la rue. Les gamins qui sont là-bas, c’est moi qui les y ait fait signer, ou Micka (Ferreira), mais ce sont des jeunes que l’on connait…
Quand Le Mans est descendu, comment cela s’est-il passé ? Pareil !
A ce moment-là il y avait un gamin (Alexis Blain) dont le Tours FC ne voulait pas. Au final il a signé en Ligue 1 à Toulouse… Ce serait tout de même dommage de vivre une situation comme celle-là…

Il semble bien évident qu’en cas de pillage du coté de Tours les mauvaises langues n’hésiteront pas à critiquer mais c’est le jeu, et dans ce genre de cas, il serait stupide de s’arrêter à cela puisqu’il en va aussi de l’avenir de tous ces jeunes.

Côté pratique, le planning d’entrainement des jeunes arrivant au centre sera donc d’une séance par jour plus une seconde le mardi, le tout étant même doublé en périodes de vacances scolaire. Ce sera un changement très important puisque la saison dernière il n’y avait au programme que 3, voir 4 entraînements par semaine, ce qui fait tout de même une sacrée différence !

Concernant les études, les jeunes seront par ailleurs scolarisés dans les Lycées Paul Gauguin et Voltaire qui sont situés juste à proximité du stade de La Source, le club possédant des salles de cours mais ayant fait ce choix afin de laisser la possibilité à chaque jeune de se forger une vie sociale en parallèle.

Hervé Guarrigues, prof en STAPS (Sciences et techniques des Activités Physiques et Sportives) sur le campus proposera également une scolarisation sur trois années au lieu de deux habituellement afin d’incorporer les jeunes qui le souhaiteront à un programme spécifique.

Ce seront donc environ soixante jeunes qui dès la prochaine rentrée de septembre profiteront de tous ces établissements.

Soixante ce sera la capacité maximale d’accueil du centre de formation Orléanais au plus fort de son activité, dont seulement 20 internes, la structure ne comportant que 28 lits. Là encore, dans un souci de gestion du suivi, le club n’a souhaité accueillir que 20 jeunes afin de faciliter leur encadrement de nuit.

La journée type sera très structurée :

Levé à 6h30 (Un second réveil étant prévu pour ceux qui commenceront les cours un peu plus tard), petit déjeuner, cours du matin, déjeuner au lycée mais une option devrait voir le jour rapidement pour permettre à ceux qui le souhaitent de revenir manger au restaurant du centre puis retour en cours jusqu’à 16h et retour au club pour l’entrainement de 16h45 à 18h15/30, douche et repas à 19h30 au restaurant du centre avant une heure d’étude obligatoire.

Comme on peut donc le constater, les choses se mettent en place tranquillement et plutôt sereinement pour le staff Orléanais qui commence à prendre ses marques avant l’arrivée des toutes premières recrues.

Cyrille Carrière va petit à petit aguerrir ses joueurs avec le groupe qui évolue dans le championnat National 3 avec pour objectif de sortir au moins un, voir deux jeunes après 3 ou 4 saisons.

Il n’y aura pas de classement national dans l’immédiat pour le centre de formation de l’USO, et ce jusqu’à la fin de la troisième saison puisque les clubs ne commencent à marquer des points qu’à partir de ce moment-là.

Orléans partira de loin à la 40ème place du classement des centres de formations et tentera donc de se hisser assez rapidement au mieux dans la hiérarchie Française. Pour exemple, le centre Tourangeau se situait à la 21ème position après 7 ans de fonctionnement, d’où l’ampleur de la tâche qui attend Cyrille et son équipe).

Un Cyrille Carrière qui est forcément ambitieux, ce qui est de bon augure pour le groupe professionnel.

On devrait normalement terminer dans les 3 premiers en N3, mais si pour autant on ne sort pas un joueur pro du centre, ça ne sert à rien. Il faudra petit à petit améliorer la qualité du travail pour aller en ce sens. Nous allons donc maintenant nous recentrer sur le travail car avec tous les préparatifs logistiques qu’il y a eu depuis quelques semaines, nous sommes encore un peu éparpillés et le plus important, ce qui me plait, c’est de mettre les bonnes personnes aux bons endroits, c’est comme sur le terrain […] Il va aussi falloir analyser rapidement les gens, car forcément au départ tout le monde veut se montrer joli, mais au bout de quelques temps il arrive que ça change […]. Quand il faut aller au combat, c’est là que tu commences à connaitre les faiblesses et que les masques tombent.
Le centre va donc se structurer mais contrairement à mon arrivée à Tours où tout était déjà en place, là il faut tout gérer avant d’obtenir les satisfactions comme par exemple le retour d’Abdoulkader Thiam passé par le FCO avant d’être formé ici à l’USO puis parti à Monaco et finalement revenu à Orléans. C’est un beau symbole, un garçon qui revient dans son club formateur puisqu’il y a un centre, c’est déjà le premier clignotant positif.

Un état d’esprit qu’il faudra inculquer au fur et à mesure des années, mais pour avoir eu le privilège de visiter les installations et avoir constaté la qualité de l’outil de travail dont allait disposer Cyrille, il semble évident que le centre de formation était l’option idéale dont avait besoin l’USO pour s’approcher au plus près de l’élite du football français.

Crédit photo : orleansloiretfoot.com

Il ne reste donc plus maintenant qu’à semer, semer et encore semer pour que d’ici quelques saisons, le club puisse commencer à récolter les fruits de son ambition.

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